Avocate, puis juriste, Emilie Sutton a décidé d’exercer les deux professions !
Thomas et moi avons eu le plaisir de rencontrer Emilie en fin d’année dernière, autour d’un échange en visioconférence comme nous l’impose le contexte.

Après avoir exercé pendant 8 ans en Australie en tant qu’avocate puis juriste d’entreprise spécialisée dans l’immobilier, Emilie a décidé de s’installer en France pour la suite de sa carrière.

Dans ce portrait, Emilie nous raconte son parcours, son expérience anglo-saxonne, comment elle a vécu la période de crise sanitaire et nous livre son retour d’expérience dans le cadre de l’optimisation d’un processus de gestion de contrats.

 

 

Le parcours d’Emilie 

 

Bonjour Emilie et merci d’avoir accepté notre invitation ! Avant toute chose, pourriez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours ? 

 

Bonjour Selma et merci pour votre invitation !
J’ai quitté l’Ile Maurice où j’ai grandi pour partir faire mes études de droit en Australie, pays qui m’a tellement plu que j’ai décidé d’y rester. Apres mes 5 années d’études avec spécialisation en droit immobilier et droit économique j’ai été admise comme avocate à Sydney où j’ai exercé en cabinet puis en entreprise, des expériences extrêmement enrichissantes car elles m’ont permis d’abord de travailler avec plusieurs entreprises clientes et découvrir les différentes stratégies de chacune, puis de me plonger dans les projets et les opérations d’une entreprise pour conseiller et faire avancer les projets en interne. Et récemment, la mobilité professionnelle de mon mari m’a conduit à Paris. 

 

Excellent, le cadre de vie devait être incroyable, l’Australie en fait rêver plus d’un d’ailleurs !
Donc finalement vous avez exercé dans un pays où la culture juridique est assez différente d’ici. Quelles sont les différences qui vous ont le plus marqué entre la culture juridique française et anglo-saxonne ? 

 

Il y a évidemment les grandes différences comme le système juridique, la culture de travail, le statut des avocats en entreprise et en cabinet. Mais ce que je remarque c’est qu’au-delà de ces différences on retrouve souvent les mêmes enjeux, les mêmes points de douleur, les mêmes process innovants et désirs d’améliorer la façon de travailler et de satisfaire le client.

 

Les retours d’expérience d’Emilie : Automatisation des contrats, Covid-19 et rebonds face à l’échec

 

Justement, en parlant de cette envie d’améliorer la façon de travailler, vous avez initié un projet d’automatisation de contrats au sein votre ancien cabinet : pourriez-vous nous parler des défis que vous avez rencontrés et relevés au cours de cette démarche  ? 

 

J’ai vite réalisé que peu importe l’innovation et l’amélioration que le projet va apporter au quotidien, si les équipes et les utilisateurs de ce qu’on implémente n’y croient pas, si on ne captive pas leur intérêt et leur engouement alors le projet n’aura pas les résultats espérés car l’adoption du système ne sera pas optimale. 

Donc le plus important c’est avant tout la communication aux équipes à qui le projet est destiné – que ce soit par newsletter, discussions à la machine à café, emails de mise à jour, ou présentations, dépendant de la taille du projet et de l’équipe.

Pour tenir l’équipe informée des progrès du projet d’automatisation de contrats et des process que je mettais en place et afin qu’ils soient intéressés à l’utiliser une fois prêt, j’organisais des réunions informelles hebdomadaires, qui se sont ensuite transformées en réunions de formation une fois le système prêt, et de feedback et de correction par la suite. C’était particulièrement bénéfique car cela nous a permis de réparer ou optimiser certains aspects immédiatement, avec les suggestions et la participation des utilisateurs eux-mêmes, et l’adoption du nouveau système a été un succès.  

 

Super conseil, merci Emilie ! Effectivement, la communication interne est au centre d’un projet de transformation et il est primordial de prendre en compte l’humain et donc les équipes pour les embarquer dans le projet. Sans transition,  comment avez-vous vécu la période de crise sanitaire en tant que juriste ? 

 

Il y a évidemment eu une énorme pression sur les juristes pour naviguer en temps de crise et gérer ses effets, mais je pense aussi qu’elle présentera de réelles opportunités. En imposant le télétravail la crise sanitaire a aussi accéléré l’adoption de moyens technologiques facilitant ce mode de travail; ce pourrait être un catalyseur pour une innovation continue au sein de beaucoup d’entreprises.

Comme la fonction legal operations par exemple qui a commencé à voir le jour aux Etats-Unis après la crise financière de 2007, il y aura sans doute des évolutions dans le monde juridique enclenchés par cette crise sanitaire. 

 

Tout à fait ! D’ailleurs les membres de la Commission Legal Ops (AFJE) font un merveilleux travail pour fédérer et sensibiliser autour de ces sujets.
Chez Seraphin.legal on pense que les expériences, qu’elles représentent des réussites ou des échecs, sont toujours bénéfiques et nous permettent de gagner en maturité…Pourriez-vous nous confier ce qui vous rend le plus fière depuis que vous exercez ce métier ? Pourriez-vous nous raconter l’anecdote d’un “échec” et ce que vous en avez appris ?

 

Ce que j’ai appris à propos d’échecs c’est que c’est avant tout une question de perception et de notre réaction à la situation : en communicant rapidement et honnêtement avec les parties concernées on peut changer un projet qui partait vers l’échec en succès, sinon il faut savoir assumer et en tirer des leçons : c’est une expérience qui rajoute à nos compétences.  La capacité à rebondir après un échec est un atout majeur car il reflète agilité et résilience.  

Pour l’anecdote, après avoir perdu une transaction importante pour l’entreprise car le niveau de risque était trop élevé pour la direction, j’ai appris à toujours poser beaucoup de questions, suggérer des options un peu hors des sentiers battus. Après beaucoup de discussions, il s’est avéré que certaines garanties seraient acceptables pour les parties et la transaction a finalement eu lieu.  

 

Totalement d’accord avec vous Emilie, la capacité de rebond est primordiale et se construit aussi grâce aux personnes qui nous entourent.
J’ai cru comprendre que vous aviez pris une pause dans votre carrière en 2020 le temps de vous installer à Paris, quelles sont vos 3 priorités pour 2021 ? 

 

Découvertes, santé, famille ! Pour 2021, j’aimerai m’investir dans une fonction juridique qui allie à la fois innovation, stratégie et solutions

 

Le mot de la fin

 

Bien noté, on te souhaite beaucoup de réussite dans la suite de tes projets !
Dernière question et pas des moindres Emilie : Quel conseil donneriez-vous aux juristes qui souhaiteraient optimiser la qualité de service apportée aux opérationnels ?

 

Un juriste qui comprend l’entreprise et les besoins et les enjeux des opérationnels qui mettent en place sa stratégie, pourra apporter des solutions pratiques aux problèmes qu’ils rencontrent, mais aussi anticiper les problématiques. Établir une relation d’échanges et de confiance en restant réactif et disponible, ajoute beaucoup de valeur pour les opérationnels.

D’ailleurs, je participerai bientôt aux travaux de la Commission legal ops de l’AFJE qui se réunit régulièrement notamment pour créer des guides et outils pratiques pour le quotidien du Legal Ops.
Vous pouvez d’ailleurs suivre l’agenda juste ici : https://www.afje.org/commission/legal-ops–19.

 

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